Les moments du processus de déliaison père-enfant chez les hommes en rupture d’union

Les moments du processus de déliaison père-enfant chez les hommes en rupture d’union

Les moments du processus de déliaison père-enfant chez les hommes en rupture d’union

Les moments du processus de déliaison père-enfant chez les hommes en rupture d’unions

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Référence bibliographique [7698]

Dulac, Germain. 1996. «Les moments du processus de déliaison père-enfant chez les hommes en rupture d’union». Dans Comprendre la famille , sous la dir. de Jacques Alary et Éthier, Louise S., p. 45-63. Actes du 3e symposium québécois de recherche sur la famille tenu à l’Universié du Québec à Trois-Rivières en octobre 1995. Sainte-Foy, Québec: Presses de l’Université du Québec.

Fiche synthèse

1. Objectifs


Intentions :
Le texte porte sur les mécanismes de transformation du lien père-enfant lors du divorce.

Questions/Hypothèses :
Une première hypothèse de recherche est à l’effet que si les pères perdent progressivement contact avec leurs enfants, c’est que la masculinité surdétermine la paternité et se heurte aux demandes et exigences de la parentalité faite de partage, d’engagement, de coopération et d’empathie. (p. 46) La seconde consiste à voir la déconstruction du lien père-enfant comme un processus modéré de désinvestissement qui s’oppose, dans la plupart des cas, à la brutalité d’un abandon ou d’un rejet massif de l’enfant. (p. 48)

2. Méthode


Échantillon/Matériau :
31 hommes étaient volontaires et furent recrutés par la méthode boule de neige. L’échantillon devait respecter deux critères: le premier critère était que les pères devaient avoir une scolarité égale ou inférieure à un diplôme d’études collégiales et le second, d’être parent d’au moins un enfant mineur. Les participants sont âgés de 26 à 42 ans avec une moyenne d’âge de 33,4 ans. Pour 18 pères, la scolarité ne dépassait pas le secondaire V, alors que les treize autres avaient atteint le niveau collégial. Leur union avait duré de 2 à 14 ans avec une moyenne de 6, 5 années. Le temps écoulé depuis la rupture s’étend de quelques mois à 10 années, avec 3,13 ans en moyenne. Ensemble les répondants étaient pères de 44 enfants, soit 24 filles et 20 garçons âgés de 1 à 19 ans avec une moyenne de 7,8 ans pour les filles et de 7,4 ans pour les garçons.

Instruments :
Approche d’enquête sur le terrain, réalisée au moyen d’entretiens autobiographiques semi-dirigées et d’un questionnaire. Le schéma d’entrevue comprend quatre parties : 1. l’histoire dans la famille d’origine; 2. l’histoire individuelle; 3. l’histoire conjugale; 4. l’histoire de la rupture jusqu’à aujourd’hui. Les entrevues individuelles furent menées entre la fin 1994 et au début de l’année 1995, leur durée varie de 1 heure 30 à 3 heures et elles totalisent près de 1 800 pages de transcription.

Type de traitement des données :
Analyse descriptive, analyse de contenu

3. Résumé


L’étude montre que la variabilité dans la qualité et la quantité de certains éléments matériels (pension, visites) est, dans la plupart des cas, le produit d’un processus modéré de désinvestissement suivant lequel le père devient progressivement un étranger pour son enfant. L’étude montre aussi que certaines formes concrètes de relations entre conjoints durant la rupture sont propres aux mécanismes de transformation des liens père-enfant, car elles sont vécues par les hommes comme des moments du processus de déconstruction de la paternité. Ainsi en est-il de : 1. L’annonce faite par la conjointe de sa décision de rompre; 2. La séparation physique et la prise en charge de l’enfant par la conjointe, qui sont vécues comme un moment de dépossession de la parentalité et de perte de contrôle; 3. La mise à distance : l’exil physique, l’absence affective, la marginalisation, l’agressivité et la colère qui constituent un moment de retrait social qui est vécu comme une stratégie d’action. Un des constats qui émergent de notre étude est qu’on ne peut parler des pères divorcés sans inscrire l’analyse dans le cadre plus général de la condition masculine. Le vécu des pères en rupture d’union est traversé par la nécessité existentielle qu’ils se réconfortent en agissant en conformité avec les règles de la masculinité : la dominance, le contrôle, le refoulement des émotions, la compétition, l’agressivité. S’ils perdent progressivement contact avec leurs enfants, c’est que la masculinité surdétermine la paternité et se heurte aux demandes et aux exigences de la parentalité qui est faite de partage, d’engagement, de coopération et d’empathie. Les hommes agissent comme si parentalité et conjugalité étaient deux concepts imbrigués par le statut et l’identité que ces composantes de la vie familiale confèrent aux hommes. (pp. 59-60)