Rester engagé envers son enfant après la rupture du couple : point de vue de pères vivant en contexte de pauvreté

Rester engagé envers son enfant après la rupture du couple : point de vue de pères vivant en contexte de pauvreté

Rester engagé envers son enfant après la rupture du couple : point de vue de pères vivant en contexte de pauvreté

Rester engagé envers son enfant après la rupture du couple : point de vue de pères vivant en contexte de pauvretés

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Référence bibliographique [4465]

Allard, Francine, Bourret, Amélie et Tremblay, Gilles. 2004. Rester engagé envers son enfant après la rupture du couple : point de vue de pères vivant en contexte de pauvreté. Beauport (Québec): Gouvernement du Québec, Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale, Direction régionale de santé publique.

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Fiche synthèse

1. Objectifs


Intentions :
« Comment l’engagement paternel dans un contexte de pauvreté peut-il résister à une rupture conjugale? Telle est la question, inspirée par l’étude précédente, qui oriente la présente recherche, le but étant de cerner les processus par lesquels des pères pauvres maintiennent leur engagement paternel après une rupture conjugale. » (p. 11)

Questions/Hypothèses :
« Plus précisément, l’étude propose, à partir du discours de pères vivant dans un contexte de pauvreté de :
- Comprendre la trajectoire de leur engagement paternel après la rupture conjugale;
- Décrire les stratégies qu’ils ont utilisées pour le maintenir en contexte de pauvreté;
- Comprendre comment se manifeste, dans un nouveau contexte familial, leur relation à l’enfant;
- Dégager les éléments qui semblent avoir contribué à préserver leur engagement paternel après une rupture conjugale dans ce contexte. » (p. 11)

2. Méthode


Échantillon/Matériau :
« La population étudiée est constituée de [15] pères biologiques d’un enfant âgé de moins de 6 ans, tous séparés ou divorcés de la mère de leur enfant depuis au moins six mois, et qui vivent dans un contexte de pauvreté. L’élément-clé qui les unit est sans aucun doute le fait qu’ils se considèrent comme engagés envers leur enfant, malgré la rupture conjugale et en dépit de la pauvreté qui les afflige. » (p. 13)

Instruments :
Guide d’entretien semi-directif

Type de traitement des données :
Analyse de contenu

3. Résumé


« Les hommes rencontrés dans le cadre de la présente étude sont tous pères d’un enfant d’âge préscolaire. Pour continuer d’exercer leur paternité, ils ont lutté contre deux facteurs susceptibles de provoquer leur désengagement soit : la rupture conjugale et la pauvreté. À partir de leurs propos, l’étude décrit comment résiste l’engagement paternel dans ce contexte adverse : les stratégies qu’ils ont élaborées pour le maintenir, les éléments les ayant influencé (sic) et les manifestations de leur engagement au sein d’une nouvelle structure familiale.
Après avoir traversé, dans les premiers temps suivant la rupture, ce que Dulac (1995) a appelé le ’trou noir’, ces pères s’éveillent et reprennent la maîtrise de leur vie. Pour regagner leur place auprès de leur enfant, ils livrent un combat autant dans l’espace public que privé. Avant d’amorcer les démarches officielles, souvent juridiques, en vue du partage des responsabilités parentales, certains ont dû entreprendre des requêtes pour faire reconnaître légalement leur paternité. Affirmer la légitimité de leur rôle dans l’espace public et obtenir leur autonomie parentale a représenté un défi tel que quelques pères ont failli ’décrocher’. Néanmoins, la majorité des participants ont réussi à maintenir leur engagement avec le soutien de leurs proches sans se laisser obnubiler ni par la rage, ni par l’amertume, ni encore par les conflits avec l’ex-conjointe.
Ces pères rapportent avoir redéfini, dans l’espace privé, leur nouveau rôle parental. Ils se sentent, pour la majorité, capables de s’occuper de leur enfant; ils se distinguent de la mère et retrouvent leur façon d’être parent. La majorité des participants constatent que la qualité de la relation qu’ils ont développée avec leur enfant après la rupture conjugale compense les effets néfastes de la discontinuité qu’ils avaient appréhendés. Ils décrivent en effet une relation de qualité avec l’enfant qui présente plusieurs des caractéristiques reconnues comme étant bénéfiques à son développement et susceptibles de favoriser son adaptation à la rupture. Le fait d’avoir à assumer seul le rôle de parent à part entière, quel que soit le mode de garde, force en quelque sorte ces pères à élargir les dimensions de leur engagement. Engagement qui, en fait, correspond au concept défini par Lamb (1986) et regroupe l’ensemble des dimensions proposées par ProsPère (2004).
Les résultats témoignent en outre des efforts consentis par ces pères pour exercer leur rôle parental après la rupture en affrontant la pauvreté économique et sociale. Malgré leurs faibles revenus, ils font tout pour assurer le bien-être et la sécurité de leur enfant afin que celui-ci ne manque de rien, quitte à demander de l’aide de leur famille ou à avoir recours à des ressources dans la communauté. La pauvreté économique ne semble toutefois pas entraîner chez ces pères un stress tel qu’il risque de compromettre leur engagement envers l’enfant, contrairement à ce que remarquent Elder et al. (1985) et Fagan (2000). Pour expliquer cette différence, nous proposons l’hypothèse selon laquelle les participants à l’étude y seraient moins affectés dès lors qu’ils ne considèrent plus la dimension de pourvoyeur économique comme la composante centrale et unique de leur rôle parental. Ces pères adoptent en effet à l’égard de leur rôle paternel une vision plus large et moins traditionnelle. Ils demeurent néanmoins très soucieux du contexte de pauvreté dans lequel ils vivent et tentent de concilier les exigences de l’engagement envers leur enfant, qui apparaît prioritaire, et la précarité de l’emploi auquel ils peuvent aspirer étant donné leur faible niveau de scolarité : une tâche qui peut s’avérer complexe et ardue. Enfin, le fait de rester engagé après la rupture et de s’occuper seul de leur enfant semble exposer ces pères à la surveillance et au jugement de l’entourage. Certains témoignent avec amertume de la méfiance et du discrédit dont ils sont l’objet dans l’exercice de leur rôle parental, et tout particulièrement pour les éléments qui ont trait à la relation avec l’enfant, comme les soins corporels et la discipline.
L’analyse révèle que le maintien de l’engagement de ces pères, après la rupture et en contexte de pauvreté, loin de s’appuyer sur des qualités extraordinaires, semble plutôt reposer sur des éléments ’ordinaires’, mais non moins fondamentaux dont certains rappellent des facteurs de protection de la résilience soit : a) des valeurs : plus particulièrement celle, centrale, accordée à l’enfant et au rôle de père; b) des perceptions : que les rôles parentaux ne sont pas liés au sexe, d’être un père compétent, sentiment qui évolue au cours du processus suivant la rupture et s’accroît au contact de l’enfant; c) des traits de personnalité : la capacité de compter sur soi-même pour changer les choses, doublée de la capacité d’accepter de l’aide et d’en demander; d) des mécanismes de soutien ambiants : la présence constante d’un réseau de soutien et l’accès à des ressources dans la communauté.
Les stratégies déployées par ces pères vivant en contexte de pauvreté pour maintenir leur engagement après la rupture et les éléments qui semblent les avoir aidés, peuvent inspirer la pratique auprès des familles. Ainsi, pour le bénéfice des enfants qui, après la rupture, ont besoin de pouvoir compter sur un père, il importe de mettre en œuvre les interventions nécessaires et appropriées pour reconnaître le rôle parental des hommes, prévenir leur démission et soutenir activement leur engagement paternel. » (pp. v-vi)