L’évolution de la polygamie en milieu rural sénégalais : institution en crise ou en mutation?

L’évolution de la polygamie en milieu rural sénégalais : institution en crise ou en mutation?

L’évolution de la polygamie en milieu rural sénégalais : institution en crise ou en mutation?

L’évolution de la polygamie en milieu rural sénégalais : institution en crise ou en mutation?s

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Référence bibliographique [4136]

Mondain, Nathalie, Legrand, Thomas et Delaunay, Valérie. 2004. «L’évolution de la polygamie en milieu rural sénégalais : institution en crise ou en mutation? ». Cahiers québécois de démographie, vol. 33, no 2, p. 273-308.

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Fiche synthèse

1. Objectifs


Intentions :
« Notre objectif dans cette étude consiste à analyser l’évolution des pratiques polygames et à identifier les processus de changement qui les affectent dans un milieu rural en pleine mutation. La combinaison de données qualitatives et statistiques permettra de cerner les motivations conduisant les hommes à conclure des unions polygames et d’évaluer dans quelle mesure les transformations de l’environnement social et économique agissent sur ces motivations. » (p. 277)

Questions/Hypothèses :
« Notre démarche repose sur deux hypothèses qui reflètent les forces opposées auxquelles sont confrontées les pratiques polygames. En premier lieu, les fondements de la polygamie (capacité productive et reproductive des femmes), liés au système d’économie de subsistance encore dominant en milieu rural africain, semblent remis en question sous l’effet de la crise agricole et de l’amenuisement des ressources monétaires nécessaires à la gestion d’une famille nombreuse. Cette situation devrait contribuer au déclin des unions polygames dans la mesure où il existe une relation entre les variations de la conjoncture économique et la nuptialité […] De plus, la précarité économique les poussant à célébrer leur premier mariage plus tardivement, les hommes sont donc susceptibles de reporter d’autant leur entrée en polygamie […]. La deuxième hypothèse repose sur le constat qu’avec les transformations sociales et la crise, les activités des hommes et des femmes se diversifient. En particulier, comme […] le signale [un autre chercheur], l’activité des femmes n’est pas seulement agricole, ce qui permet de justifier le maintien de la polygamie même en temps de crise. Ainsi, l’importance des femmes dans l’accomplissement des tâches domestiques et économiques tend plutôt à croître qu’à diminuer, ce qui favoriserait le maintien de la polygamie. Cela corrobore la position […] qui considère qu’en Afrique subsaharienne le principe est la polygamie et l’exception, la monogamie. On peut ainsi supposer que les motifs favorisant le maintien des pratiques polygames sont constamment « réactualisés » au gré de la conjoncture sociale et économique. Si tel est le cas, ces pratiques, parce qu’elles reposent sur un atavisme normatif constamment renouvelé, prendront éventuellement de nouvelles formes, mais ne disparaîtront pas. » (p. 277)

2. Méthode


Échantillon/Matériau :
« Deux types de données recueillies en 1999 dans le but de suivre le parcours des individus au cours du temps ont été privilégiés. Il s’agit, d’une part, d’entretiens qualitatifs menés par le premier auteur et, d’autre part, d’une enquête biographique rétrospective réalisée par le troisième auteur et ses collègues. » (p. 281)
« Le terrain qualitatif a été réalisé dans les trois villages les plus peuplés et les plus actifs économiquement de la zone [de Niakhar, au Sénégal]. Si le principal objectif de cette collecte était de cumuler des informations sur l’entrée en première union des individus, les motivations ayant conduit les hommes à prendre une nouvelle épouse ont également été abordées. Tous les individus interrogés devaient être sortis du célibat au moment de l’entretien, et l’âge et l’appartenance sociale et religieuse ont été retenus afin de garantir la représentativité sociologique des répondants, sélectionnés ’aléatoirement’ sur la base de ces critères à l’aide de la base de données du SSD [système de suivi démographique de l’Institut de recherche pour le développement (IRD)]. » (p. 281)
Les données quantitatives proviennent de « l’enquête ’Idéaux et comportement de fécondité’ (ICOFEC) : Il s’agit d’une enquête biographique rétrospective portant sur les histoires génésiques, matrimoniales et résidentielles d’un échantillon représentatif des habitants de la zone de Niakhar. Elle s’est déroulée dans neuf villages de la zone et a permis d’interviewer 1039 femmes de 15 à 24 ans et 804 hommes de 20 à 69 ans » (p. 282)

Type de traitement des données :
Analyse de contenu et analyse statistique

3. Résumé


« On annonce depuis longtemps le déclin de la polygamie en Afrique. Pourtant, ces pratiques restent courantes dans de nombreux pays de la région, surtout en milieu rural. Depuis les années 1970, la crise économique et agricole a entraîné de profonds changements dans l’organisation des ménages et laisse entrevoir une remise en question des fondements de la polygamie. L’étude de l’évolution de la polygamie dans la zone d’étude de Niakhar, au Sénégal, met en évidence la complexité des forces en jeu : bien que les niveaux restent stables au cours du temps, les hommes des générations récentes entrent en première union polygame moins rapidement que leurs aînés. En combinant des données qualitatives avec celles d’une enquête biographique rétrospective, cette étude vise à identifier quels processus influent sur le calendrier d’entrée en union polygame des hommes au fil des générations. La confrontation des différentes données laisse croire à l’adoption d’attitudes visant la redéfinition des fondements de la polygamie plutôt que sa remise en question, redéfinition ayant pour objectif d’en assurer la pérennité. » (p. 273)